Une traversée du temps

Musique instrumentale, poésie et chanson, Une traversée du temps, mon nouvel album, est comme un vin mûri à point que je vous invite à savourer.

Le 24 octobre 1943, s’éteignait le poète et peintre québécois Saint-Denys Garneau. Écrits dans les mots les plus simples, à la fois limpides et énigmatiques, ses textes sondent les limites de l’expérience humaine. Il n’avait que 31 ans et n’avait publié qu’un seul livre, « Regards et jeux dans l’espace » en 1937, mais de nombreux textes retrouvés ainsi que son journal personnel et sa correspondance ont depuis connu plusieurs publications.

C’est mon arrière-grand-oncle Joseph Rouleau, curé de Sainte-Catherine de Fossambault (aujourd’hui « de la Jacques-Cartier ») et ami de la famille de Saint-Denys Garneau, qui chanta la messe à ses funérailles. Soixante-douze ans plus tard, je lui rends hommage à ma façon à l’ère du numérique en partageant le plaisir de dire ses mots toujours vivants accompagnés de ma musique.

J’ai choisi le premier poème du seul livre qu’il a lui-même publié et un qui en est la suite naturelle, à mon avis, parmi les textes retrouvés « et je les mets ensemble pour qu’ils se tiennent compagnie » et vous accompagnent aussi comme une joie à vos côtés.



Musique à écouter en lisant les textes qui suivent



CONFIDENCE

parfois
j'écris juste pour partager le beau temps

une flotte d’outardes
une mère et ses petits
sur le roulis des rapides

le bouillonnement de vie du soleil
ses clins d’oeil dans l’écume

les chuchotements amoureux du courant


JEUNE MAGICIEN DU HASARD

échappant un instant
à la vigilance des parents
un garçon s’approche de la rivière
couverte du reflet des nuages

voix haute voix basse
la mise en garde des adultes
leurs visages à la fois inquiets et rassurants
et de l’autre côté
la berceuse infinie de l’eau

les mille chuchotements
d’un monde invisible

le garçon promet de ne pas sauter
il veut seulement toucher

au moment où il pose un doigt sur l’eau
un rayon de soleil perce les nuages

la rivière passe de l’ombre à la lumière


ENVOL

le soleil flambe sur l’eau comme un désir
des nuages roulent avec le courant
la vie passe et dure en même temps
adhère à la beauté
sans arrière-pensée

toute l’écume de la planète
envie
rage
extase
et la salive de nos bouches meurtries
se sont donné rendez-vous ici

dans les rapides
prennent forme des oiseaux blancs
aux ailes de cendre


ENCHANTERESSE

les yeux fermés
un chapeau sur ton ventre
tu es là étendue sur des roches brisées
mains derrière la tête
un après-midi de grâce en été
chevelure à la dérive sur les épaules
la rivière fait des vagues
sous la poussée des rapides
les manches courtes de ta robe bleue
aux motifs d’aube et de couchant
ont glissé sous tes aisselles

l’eau gicle dans un fracas de goélands
et vient caresser tes pieds

ta robe déboutonnée
remontée au-dessus des cuisses
pour offrir tes jambes entières au soleil

le vent fait la sieste dans les arbres
les nuages se sont retirés du ciel

comme de ton regard
quand tu tournes vers moi
étendu à tes côtés
un œil rempli de la lumière du jour


LES PLUS BEAUX AIRS

l’été joue pour toi ses plus beaux airs
glisse sur ta peau
une présence parmi les pierres

montre-toi
demande la rivière

les pieds du soleil
dans les remous des nuages
ton corps appartient à la nuit
mais tu survis à la peur

montre-moi
implore la rivière

l’eau emporte quelques cendres
en chantant les plus beaux airs de la vie

le monde prend la teinte du mystère


MYSTÈRE

dans les bruits de l’eau
il me semble entendre
quelqu’un se débattre

personne en vue
un fantôme

soudain
monte une longue note
hors de tout solfège
la vibration d’une cigale

et la rivière poursuit son chant secret
à tous les temps


LA TOMBÉE

une brume légère s’élève des arbres
tombés dans la rivière sans éclaboussure

le gris du ciel s’accouple à la nuit

les oiseaux disparaissent
un à un
leurs chants diminuent
peu à peu

bientôt on n’entend plus que des gouttes de pluie
se détacher des feuilles où elles étaient restées
après les averses de la journée

des gouttes de pluie
mêlées
à la rosée

les collines
avec leurs variations de verdure
s’enfoncent sans bruit
dans la pénombre
comme nos corps
dans l’eau

j’embrasse la rivière
sur ta bouche
Voici une pièce instrumentale inspirée du tango, mais métissée de rock et de blues, que j'ai composée et enregistrée comme musique thème de mon roman Tango tatouage. Je me suis servi de trois guitares, la Gibson Les Paul, la Hofner Verythin et la Ovation électro-acoustique, et j'ai ajouté un peu de mélodica et de clavier.
 


Tango tatouage, 2015


 « Je regarde la pampa défiler par la fenêtre d’un train. Je suis un passager qui s’efforce de ne pas dérailler.
          Soudain, au-dessus de cette plaine qui semble infinie, une nuée d’oiseaux attire mon attention. L’instant d’après, les oiseaux forment une file, se dirigent vers le soleil et plongent dans sa lumière. Juste pour faire partie de la beauté fulgurante de cette vision, j’aimerais être parmi eux à cet instant précis, loin, très loin des ombres qui hantent mes pensées.
          Même si le soleil brille, des nuages s’amoncellent dans le bleu dense du ciel. On dirait des reflets purifiés des amas de terre grisâtre qui s’étendent jusqu’à l’horizon. Dans cette étendue en apparence désertique, surgissent pourtant des touffes d'herbe d'une verdeur surprenante.   
          Des chevaux blancs, bruns et noirs apparaissent ici et là, détendus. On ne saurait dire s’ils font partie d’élevages ou s’ils vivent à l’état sauvage.
          Rien ne semble délimiter ce vaste territoire chargé d’énergie tellurique.          
          Aucune clôture.
          Aucune affiche.
          Je sors mon caméscope pour capter ce paysage fuyant, sur lequel je ne peux toutefois projeter tout ce qui me passe par la tête en même temps : les souvenirs de Buenos Aires, encore brûlants, et les réflexions sur mon séjour dans cette ville. À l’opposé, je ne pourrais non plus, même si je tentais de tout oublier en plongeant mon regard dans le décor en mouvement par la fenêtre, effacer de ma mémoire les images et les pensées chargées de questions qui me poursuivent au rythme du train.
          Je me sens tatoué de l’intérieur, au son d’un tango aussi doux que déchirant. »
la beauté du temps qui passe
souvent inaperçue
entre les lignes de la grande histoire
j'en accorde des images avec ma musique
pendant que continue de couler
l'eau sous les ponts


Rivages













Cette chanson extraite de l'album Dans les pas du soir est mon hommage à tous les gens qui cherchent à retrouver leurs rêves entre les trajets de la vie ordinaire. J'ai aussi réalisé le clip, un travail toujours passionnant avec les images à assembler pour amener les mots et la musique plus loin tout en laissant de l'espace à l'imagination.

Mon album de poèmes et chansons



 AU SUJET DE L'ALBUM

L'album Dans les pas du soir regroupe, en alternance, des textes récités et chantés. C'est un album que j'ai entièrement créé moi-même, y compris les images. Comme dans mon projet de musique instrumentale Orchestre fugitif, je joue tous les instruments (guitares, claviers, djembe, glockenspiel) et le mixage fait aussi partie du travail de création. 

L'écoute est entièrement gratuite et l'album au complet peut être téléchargé pour 10 $, ou un 1 $ par titre si on ne veut pas télécharger l'album au complet. Dans les pas du soir est également disponible en disque compact au coût de 15 $.

 

À LA FOIS NOUVEAUTÉ ET RÉTROSPECTIVE

Les quatre premiers titres (Dans les pas du soir, Rivages, Ligne de feu et La rue est dans mes cordes) sont inédits et ont été composés en 2012 et 2013. Le poème Dans les pas du soir se termine par des vers empruntés à un sonnet de Charles Baudelaire intitulé Recueillement (Les fleurs du Mal, 1857).

Les autres titres ont aussi été enregistrés en 2012 et 2013, mais les textes ont des racines qui remontent plus loin dans le temps; ils ont tous déjà été publiés dans certains de mes recueils de poésie. Pommetiers et Sous le manteau sont extraits du recueil Orchestre fugitif (Écrits des Forges, 1999). Les balcons déserts et Les femmes de l'hiver ont été publiés dans Instantanés (L'Interligne, 2006). Veillée est un extrait du recueil Des rêves que personne ne peut gérer (Écrits des Forges, 1996). Les musiques qui accompagnent ma lecture de ces textes sont toutefois des compositions récentes. À l'heure de pointe de la nuit, Dansent l'amour et la pluie, et Poème trouvé sur un fou sont extraits respectivement de Rock Desperado (1986), Un scintillement de guitares (1988) et Ce qui bat plus fort que la peur (1991), tous publiés aux Écrits des Forges, et ce sont des poèmes que j'ai déjà mis en musique et chantés en spectacle à l'époque où je les ai écrits. Les textes sont fidèles aux versions publiées, mais j'ai revisité mes compositions et j'en présente ici de nouvelles versions.

Avec l'arrivée de l'été 2012, voici Un soir quelque part, nouvel album de mon projet de musique instrumentale Orchestre fugitif

(cliquer sur le titre pour accéder au site et écouter gratuitement l'album au complet)

Visions de Macao, 2011

cliquer ici : Visions de Macao

C'est un roman sur l'amitié et la quête d'authenticité au temps de l'économie de casino et des identités incertaines.

De retour de Macao, nouvelle capitale mondiale du jeu aux confins de l'Asie, où il avait été invité pour la diffusion de ses courts métrages au Sonho Casino, le narrateur cherche à reconstituer ses souvenirs de ce voyage en marchant dans les feuilles mortes pendant que les papiers commerciaux voltigent sur les places boursières en train de s'effondrer.

C'est l'automne 2008. Il a été drogué et volé, il ne sait comment ni par qui, mais se rappelle peu à peu des rencontres mystérieuses, surprenantes et intenses.

EXTRAIT

On peut lire les deux premiers chapitres dans ce numéro de novembre 2011 de la revue L'actualité :

Visions de Macao | L'actualité